Cette œuvre sculpturale, d'une grande force évocatrice, est un hommage à la double nature de la création : l'union de la volonté céleste et de l'ancrage terrestre. Elle met en scène le Bénin, terre d'eau et de lagunes, comme le théâtre du Grand Œuvre.
Les Matériaux : Une Alliance Symbolique
· Le Beli : Ce bois clair et précieux, à la couleur "jaune ocre à brun jaune rosâtre", sert d'écrin à l'âme du pays. La carte du Bénin, découpée dans cette essence, n'est pas un simple territoire. C'est la matrice, la terre-mère, stable et accueillante. Sa teinte chaude et sa texture fine évoquent la douceur des savanes et la richesse du sol. Le socle, également en Beli, ancre l'ensemble, rappelant que toute élévation spirituelle doit reposer sur une base matérielle solide et équilibrée.
· Le Padouk : Bois de feu et de passion, au "rouge-orange vif" qui s'assombrit avec le temps, il incarne l'action et la transformation. La pirogue, creusée dans cette essence, glisse sur les eaux imaginaires du territoire. Elle est le symbole du voyage, du commerce, de la vie qui circule, mais aussi de la traversée initiatique, du passage d'une rive à l'autre de l'existence.
L'Équerre, également en Padouk, posée à même la carte, est l'outil de la rectitude. Sa couleur flamboyante lui confère un caractère sacré. Elle est la Loi, la mesure de l'action juste sur la matière du monde. Elle rappelle que toute aventure humaine, tout voyage (la pirogue), doit être guidé par la droiture et l'équité.
Le Compas et la Flamme : L'Esprit qui Guide
Surplombant l'ensemble, le Compas est lui aussi taillé dans le Beli, la même essence que la terre qu'il contemple. Cela signifie que l'esprit ne vient pas d'ailleurs, mais émerge de cette terre même. Il est sa conscience, sa capacité à se mesurer au monde.
À son sommet, là où les deux branches se rejoignent, jaillit une flamme dorée. Ce n'est pas un feu destructeur, mais une lumière, une illumination. C'est l'étincelle divine, l'intelligence suprême, la connaissance qui donne son sens au couple Compas-Équerre.
Interprétation de la Composition
L'œuvre se lit de bas en haut :
1. Le Socle en Beli : La Fondation.
2. La Carte en Beli : Le Monde Profane, le champ de l'action humaine.
3. L'Équerre en Padouk : La Loi, la Raison, la Structure posée sur le monde pour l'organiser et le comprendre.
4. La Pirogue en Padouk : La Vie, le Mouvement, l'Aventure humaine qui navigue sur les eaux de l'existence, guidée par la Loi.
5. Le Compas en Beli : L'Esprit, la Contemplation, qui mesure et embrasse le monde sans le toucher.
6. La Flamme Dorée : La Connaissance, l'Initiation, le but ultime de toute quête.
"L'Architecte des Eaux et de la Terre" nous montre un pays (le Bénin) qui ne se contente pas d'exister. Il se contemple lui-même à travers le Compas, il se mesure à travers l'Équerre, et il navigue sur son propre destin à travers la pirogue. La flamme dorée est la promesse que de cette introspection et de cette action jaillira toujours une lumière capable d'éclairer le chemin.
C'est une œuvre qui célèbre l'union sacrée de la Terre et de l'Esprit, de l'Action et de la Contemplation, de la Matière et du Sacré.